Décroissance & agriculture

Les 8 "R" de la décroissance de Serge LatoucheUne agriculture [1] qui s’inscrit dans une société de décroissance est aux antipodes des logiques agricoles actuelles basées sur une productivité et des rendements maximaux, une sur-utilisation d’intrants (biocides, énergies fossiles, eau) et un contrôle quasi total de la chaîne agroalimentaire (des semences – de plus en plus OGM et privatisées – à la transformation – de plus en plus malsaine) par une poignée de firmes transnationales.
Ce système est à l’origine du paradoxe dans lequel nous vivons aujourd’hui: un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim (principalement des paysanNEs!) alors que 1,6 milliards d’humains souffrent de surpoids et que 40% de la nourriture produite n’est pas mangée. Les impacts de cette suralimentation sur les coûts de la santé permettraient de nourrir tous ceux et celles qui sur cette Terre ont faim!

Selon Serge Latouche, il est possible d’enclencher un processus de décroissance sereine et conviviale qui tend vers une vie d’abondance frugale si l’on arrive à enclencher un cercle vertueux basé sur les 8 changements interdépendants, les « 8 R »:

Morceaux choisis de cette théorie appliquée au secteur agricole

La première étape consiste à RÉÉVALUER le rôle de l’agriculture. Aujourd’hui conçue en tant que source de profits pour une poignée de grandes transnationales de l’agrobusiness, l’agriculture n’a de valeur que si elle permet un bénéfice maximal pour un coût minimal. Dans ce contexte, peu importent les répercussions sociales et environnementales que cela induit. Il s’agit donc de redonner de la valeur aux aspects non marchands: au respect des rythmes saisonniers, à la préservation de la biodiversité agricole, aux techniques respectueuses des sols et des paysanNEs et de leurs savoirs faire traditionnels, ainsi qu’à la qualité nutritive des aliments.

À partir de ces nouvelles valeurs, il est possible de RECONCEPTUALISER l’agriculture. Le concept qui devrait guider l’agriculture est celui de la souveraineté alimentaire. Elle désigne le droit d’une population, d’une région ou d’un pays à définir sa politique agricole et alimentaire, sans dumping vis à vis de pays tiers. On assure ainsi, à la fois, le droit des paysanNEs à produire des aliments et le droit des consommateurs, qui peuvent décider ce qu’ils veulent consommer, en sachant par qui et comment l’aliment est produit. Il en va de même pour des prix agricoles liés aux coûts de production, la reconnaissance des droits des paysanNEs et la participation des populations aux choix des politiques agricoles.

Pour répondre à cette nouvelle aspiration, il est nécessaire de RESTRUCTURER le secteur agricole. Aujourd’hui 80% de notre alimentation est d’origine industrielle. La chaîne agroalimentaire industrielle dépense en moyenne 10 kilocalories pour fournir 1 kilocalorie alimentaire dans nos assiettes. Il faut sortit de cette agriculture chimico-industrielle pour revenir à une agriculture biologique. Il est urgent de rompre avec des structures agricoles orientées vers l’exportation et restructurer des filiales qui nourrissent d’abord les populations qui en vivent, par l’encouragement des exploitations familiales, des coopératives et de toutes structures à dimension humaine.

Dans la même idée, il est nécessaire de REDISTRIBUER les terres agricoles. Alors que les exploitations s’agrandissent sans cesse, le nombre d’agriculteur-trice-s diminue dramatiquement et leurs conditions de vie s’empirent. Il est nécessaire de garantir l’accès des paysanNEs et des sans-terres, à la terre, à l’eau, aux semences et au micro-crédit, de redonner le contrôle de la terre et de son travail à celles et ceux qui l’exploitent.

REVENIR à une agriculture de saison et à des produits d’origine locale (RELOCALISER) est impératif si l’on souhaite réduire notre dépendance au pétrole et l’empreinte écologique de ce secteur vital.

Pour y arriver, RÉDUIRE notre consommation de viande est également essentiel. Quelques chiffres éloquents: la production de 1 kg de protéines animales nécessite 5 à 20 kg de protéines végétales, une portion de terre équivalente à celle qui permettrait de cultiver 200 kg de tomates et 10’000 à 25’000 litres d’eau, contre 250 à 1200 litres pour produire 1 kg de céréales.

Ces changements permettent aussi de RÉUTILISER ces espaces, ces protéines et ces ressources pour répondre à d’autres besoins, et notamment aux droits fondamentaux des plus démuniEs.

…il nous reste encore un « R » pour « RECYCLEZ ce petit tract et contribuez à la diffusion des idées de la décroissance! »


1
L’agriculture était une des thématiques centrales du Festival de la Terre 2010. Le Réseau d’Objection de Croissance vaudois (ROC-VD) a participé aux débats en présentant quelques propositions pour une autre agriculture.

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